LeFigaro, 27 juin 2005.
Téhéran : Delphine Minoui.
Sur ses photos de campagne, on l'a vu poser auprès des pauvres, marcher à travers les foules en mocassins mal cirés, et sourire sur fond de ciel bleu. A 49 ans, Mahmoud Ahmadinejad, enfant modèle de la révolution islamique, se présente comme «l'ami du peuple». Les sondages d'opinion ne lui donnaient pourtant aucune chance de l'emporter. Modeste, discret, peu enclin aux interviews avec la presse étrangère, le voilà, contre toute attente, à la tête de la république islamique.
C'est le 17 juin dernier que son nom à commencer à circuler. Arrivé, de manière inattendue au premier tour, en deuxième position avec 19,5% des voix derrière l'ancien président Hachemi Rafsandjani, il s'est retrouvé, en l'espace d'une semaine, propulsé à la première place. Entre deux tours, ses adversaires ont pourtant tout essayé pour éviter «le retour de l'islamisme radical». Avec une ferveur inattendue, réformateurs, étudiants et intellectuels se sont tous ralliés derrière Hachemi. Dans les allées des universités, les blagues les plus acerbes à son égard avaient même commencé à circuler. Exemple : «Ahmadinejad annonce ses ministères : ministère du Voile, ministère de la Censure, ministère des Gardiens de la révolution...»
Car, en matière de respect des valeurs de l'islam, Ahmadinejad est connu pour être «un dur». Ce fils de forgeron, originaire de Garmsar, dans le nord de l'Iran, est un ancien des gardiens de la révolution. Dans sa jeunesse, il a fréquenté les étudiants de «la ligne de l'imam» qui organisèrent la prise des 55 otages de l'ambassade des Etats-Unis. Anti-américain, il est fermement opposé à toute forme d'«invasion culturelle occidentale». Mais à l'époque, il suggérait, lui, de s'en prendre à l'ambassade d'Union soviétique, "nid" de communistes d'athés. Depuis son élection à la mairie de Téhéran, en 2003, de nouvelles mesures, plus strictes, avaient été imposées, comme l'obligation de porter des chemises longues pour les employés masculins, et le respect d'un voile qui cache bien les cheveux pour les femmes.
Mais, dans un pays miné par le chômage et l'inflation, les propos de cet homme à l'apparence modeste et aux allures de M. Tout-le-Monde ont séduit une bonne partie de l'électorat. Submergé de critiques, Mahmoud Ahmadinejad s'est d'ailleurs efforcé d'adoucir son image, quelques jours avant son élection, pour s'attirer les votes de certains jeunes indécis. «Je ne comprends pas pourquoi tout le monde s'acharne à penser que je vais imposer de nouvelles règles, comme la coupe de cheveux des garçons. Pensez-vous vraiment que c'est le problème principal de notre pays à l'heure actuelle ?», lançait-il dans une intervention télévisée, mercredi dernier, où il apparaissait étonnamment détendu et souriant. «J'ai voulu lui donner sa chance, car c'est un homme proche du peuple, qui n'est pas corrompu», confie Sara Firouz, 19 ans, qui dit avoir apprécié «son honnêteté». La jeune fille avait pourtant voté pour le réformateur Moïn au premier tour...
Ses détracteurs l'attendent pourtant au tournant. Ils s'interrogent sur la capacité d'Ahmadinejad à traiter de diplomatie avec ses interlocuteurs étrangers, «lui qui n'a presque jamais mis les pieds en dehors de l'Iran», souffle un intellectuel. Il lui faudra également ne pas décevoir sa «base», les laissés-pour-compte et les déshérités, qui attendent avec impatience les allocations qu'il leur a tant promises.