Le Figaro, 9 décembre 2005.
Téhéran : Delphine Minoui.
La capitale iranienne, où le trafic automobile explose, est devenue l'une des villes les plus polluées au monde.
HIER, un titre inquiétant faisait la une du quotidien iranien Shargh : «Téhéran est polluée.» Avec, à l'appui, une gigantesque photo jaunâtre des rues de la capitale iranienne. Il suffit d'ailleurs de lever les yeux pour contempler le désastre : les montagnes qui entourent la capitale iranienne ont disparu derrière une épaisse brume. Après le hedjab (voile islamique obligatoire), le masque blanc s'est imposé, ces derniers jours, comme un second uniforme. Aux carrefours embouteillés, les policiers le portent presque systématiquement. Téhéran est connue pour être une des villes les plus polluées du monde.
Mais cette semaine, le niveau de monoxyde de carbone dans l'atmosphère a atteint des niveaux records. D'après la Compagnie de contrôle de la qualité de l'air, l'indice PSI (indice des normes de pollution) plafonne à 160 points depuis quelques jours. En début d'année, les autorités avaient annoncé que la pollution pourrait atteindre 233 points PSI dans certains quartiers. En général, les niveaux de pollution vont de 0 à 100. La situation est telle que les autorités ont fait fermer les écoles depuis mardi.
Entre deux bulletins d'information, la radio soumet quelques conseils aux habitants : boire beaucoup d'eau, ne pas laisser les enfants sortir dans la rue. Et pour ceux qui le peuvent : quitter la capitale pour quelques jours. Mais d'après le journal Shargh, qui ne ménage pas ses critiques, c'est à la racine du problème qu'il faut s'attaquer, plutôt que d'imposer des mesures ponctuelles. Certes, de par sa situation géographique (Téhéran, située en altitude, ressemble à une cuvette au coeur des montagnes), la ville est prédestinée à être polluée.
«Mais un de nos plus gros problèmes, note le quotidien, c'est que Téhéran n'a jamais fait l'objet d'une politique d'urbanisme.» Le journal fait notamment référence à la construction sauvage de gratte-ciels et au manque de voies périphériques permettant de désengorger la ville. De plus, ajoute Shargh, «80% de la pollution est provoquée par les voitures, les motos et les autobus». Or, se plaint le journal, le parc automobile ne cesse d'exploser.
La capitale iranienne compte aujourd'hui entre 3 et 4 millions de voitures pour 15 millions d'habitants. Au moins les trois quarts de ces véhicules ont plus de vingt ans d'âge et crachent une redoutable fumée noire.
Et avec une essence qui coûte seulement 8 centimes d'euro le litre, difficile de dissuader les Iraniens de prendre le volant... D'autant plus que le métro, inauguré il y a plus de quatre ans, reste très mal desservi. Au cours de ces dernières années, les autorités ont tout de même fait quelques efforts : limitation de l'accès au centre-ville aux voitures accréditées ou encore remplacement de la vieille Peykan, – copiée depuis quarante ans sur le modèle antique de la Hillman Hunter –, par la Samand.
Mais, regrette Shargh, «seuls six des seize participants ont répondu présent, dimanche, à une réunion spéciale sur la pollution qui devait réunir des représentants des ministères de l'Intérieur, de la Santé et de l'Éducation».