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Le Figaro, 15 mars 2005.

Téhéran : Delphine Minoui.

La deuxième promotion de femmes policières a été présentée le week-end dernier à Téhéran, tchador sur les cheveux, mais kalachnikov en bandoulière.

C'était ce week-end à Téhéran. Fraîchement gradées de l'Académie de police, plus d'une centaine d'Iraniennes, tchador noir sur les cheveux et kalachnikov à l'épaule, ont mis leurs biceps en action. Escalade, tir, désamorçage de bombe, simulation d'arrestation... En l'espace d'une matinée, elles se sont prêtées à toute une série d'exercices, sous le regard du commandant en chef de la police, Mohammad Baqer Qalibaf.

Depuis l'arrivée des religieux au pouvoir en Iran, en 1979, c'est le deuxième bataillon de femmes qui reçoit une formation pointilleuse aux métiers de la police. En 2003, 400 Iraniennes rejoignaient, pour la première fois, les rangs de la police, après plus de vingt ans d'interdiction d'accès à ce métier.

«Les femmes policières sont une réponse au rôle accru de la gente féminine en Iran. Nous faisons face à un besoin croissant de leurs services en matière de criminalité, de renseignement et de sécurité», commente Mohammad Baqer Qalibaf.

La formation dispensée aux jeunes «fliquettes» est partie d'un constat : les crimes commis par des femmes ne cessent d'augmenter dans le pays.
Il suffit de jeter un coup d'oeil dans les pages «faits divers» des journaux pour y trouver un accroissement des cas de femmes impliquées dans l'assassinat de leur mari, ou dans un vol à main armée. Conséquence : «Nous avons besoin de femmes flics pour s'occuper de ces problèmes», explique un officier de police. Pourquoi ne pas confier ces dossiers-là à des hommes ?
«Vous savez, nous sommes en République islamique, poursuit l'officier. Les affaires de femmes doivent être traitées par des femmes. Selon la morale islamique, un homme ne peut pas toucher une femme.
Alors s'il faut fouiller une femme criminelle, seule une femme policière peut s'en charger.»

Bannies de certains postes à haute responsabilité comme celui de juge depuis la révolution, les Iraniennes voient là une petite victoire. «J'ai toujours rêvé d'être policière, et j'espère pouvoir un jour tenter ma chance au concours de l'Académie de police», dit Maryam, une jeune Iranienne de 18 ans, passionnée d'arts martiaux. Les candidates ont intérêt à être sportives.
Elles apprennent à faire du karaté, s'entraînent à viser des cibles bien précises, et sont formées pour conduire des voitures en zigzag à travers les embouteillages. Les disciplines enseignées sont les mêmes que celles des hommes. Jusqu'ici, les policiers qui devaient s'occuper de crimes et délits commis par des femmes se faisaient accompagner par de simples employées administratives de la police. Mais la nouvelle formation dispensée aux policières leur permet de procéder à une arrestation par elles-mêmes. «C'est un pas en avant», se félicite Maryam. Pour elle, c'est le symbole d' «une nouvelle révolution féminine».

Au fil des années, et en dépit de lois qui leur sont peu favorables, les Iraniennes sont en effet parvenues à s'imposer. On les retrouve aujourd'hui dans les couloirs de la Bourse de Téhéran, à la tête de compagnies d'import-export, au volant de taxis, à la direction de magazines. Réalisatrices de films aussi, peintres, directrices de galeries d'art...
Elles sont très présentes sur la scène culturelle. Dans le milieu sportif, elles ont créé, sous l'impulsion de la trépidante Faezeh Hashemi, fille de l'ancien président iranien Rasfandjani et ancienne directrice du Journal Zan (Femme), une équipe de football exclusivement féminine, faute de pouvoir participer à des compétitions mixtes. Après son élection à la présidence en 1997 - grâce notamment au vote massif des jeunes et des femmes -, le réformateur Mohammad Khatami s'est empressé de nommer deux femmes vice-présidentes : Massoumeh Ebtekar, en charge des affaires d'environnement, et Zahra Shodjaï, responsable des questions féminines.

A l'université, les Iraniennes sont désormais plus nombreuses que les hommes à réussir le concours d'entrée. Le 8 mars, Journée mondiale de la femme, elles étaient un petit millier à s'être rassemblées dans le parc Laleh, au centre de Téhéran, pour revendiquer haut et fort leurs droits, malgré les mises en garde des forces de l'ordre. Pour l'heure, les nouvelles policières doivent néanmoins se résigner au port du long tchador noir, tenue bien incommode quand il s'agit de faire une course-poursuite à pied à travers les rues escarpées de Téhéran.
Mais selon le quotidien Khorassan, leur uniforme est aujourd'hui en plein débat. «La suppression de l'obligation du port du tchador pour les policières en mission», peut-on lire en gros titre, à côté d'une photo représentant deux policières se livrant à l'exercice délicat de l'escalade du mur d'un immeuble, leur corps enveloppé dans un épais voile sombre. D'après le journal, le commandant en chef de la police aurait évoqué la création de cinq uniformes différents.

Pas question pourtant de copier les modèles européens. Ni de faire tomber le foulard, islam oblige. «Plusieurs modèles sont en cours de création, confirme un officiel de la police. On songe à des maghnaheh (sorte de foulards-cagoules), assortis à des manteaux, sous lesquelles les policières pourraient porter des pantalons.»

- FIN -