Le Figaro, 27 juin 2005.
Téhéran : Delphine Minoui.
«Etedal» : la modération. Voilà le mot fétiche du nouveau président iranien. C'est un Mahmoud Ahmadinejad détendu, parfois blagueur, qui est apparu, hier, dans sa première intervention publique. «La modération sera la politique de ce gouvernement de 70 millions de personnes», a-t-il déclaré devant un parterre de plusieurs centaines de journalistes, en annonçant son intention de s'en tenir à «une démocratie religieuse». «Nous nous battrons contre toute forme d'extrémisme, quelle qu'elle soit», a-t-il ajouté. Aux questions soulevées sur les droits de l'homme et les craintes des femmes de voir leurs libertés restreintes, il a pourtant préféré rester évasif, en rappelant que «la liberté est le plus grand cadeau que Dieu nous ait fait» et en confiant son inquiétude «face aux gouvernements qui ignorent les droits de l'homme». Son gouvernement, dit-il, sera «un gouvernement d'amitié et de compassion», qui «s'assurera de préserver le système en place». Pour lui, «ce sera un gouvernement juste, au service du peuple... quelles que soient ses idées».
Mais quand il s'agit d'évoquer les relations avec l'extérieur, Mahmoud Ahmadinejad ne mâche pas ses mots. Hier, il a donné les grandes lignes de la politique étrangère de son futur gouvernement : la poursuite du programme nucléaire, en dépit des exigences européennes, et l'intention de ne pas renouer de sitôt les relations avec l'Amérique. «Il est de notre droit d'avoir accès à la technologie nucléaire, à des fins pacifiques», a-t-il insisté, tout en demandant aux Européens de faire preuve de plus de coopération et de confiance. Quant à la question des Etats-Unis, - avec qui l'Iran a rompu toute forme de relation depuis la révolution de 1979 –, il s'est montré ferme : «L'Iran se trouve sur la voie du progrès et n'a pas besoin des Etats-Unis.» Tout en ajoutant : «Nous n'avons pas l'intention de développer des relations avec un pays qui cherche à être notre ennemi.»